Au lendemain de l’annonce du rachat de Rue89 par le groupe NouvelObs et Claude Perdriel, nombreuses sont les voix qui soulignent un échec de la gratuité de l’information en ligne. Celui qui fait payer comme Médiapart a gagné souligne Emmanuel Berreta, et on retrouve la même réaction par ProjetJ au Québéc. Il y a un peu de danse macabre à profiter d’un rachat aux conséquences et contours incertains pour glorifier un autre modèle (l’information payée par le lecteur). Mais au-delà, on peut s’interroger sur ce que ce mouvement signifie, non seulement pour Rue89, mais aussi pour le NouvelObs.

Il y a quelques temps pas si lointains, ce dernier lançait une nouvelle offre, Le Plus, dont le succès se fait encore attendre. Et ce non sans rappeler l’aventure du Post, lancé par le Monde Interactif, et qui a depuis – employons un vocabulaire courtois – suivi des chemins qu’il découvrait en marchant. De manière moins courtoise, on peut constater que les tentatives des titres de presse écrite de lancer de nouveaux médias en ligne connaissent des fortunes diverses et souvent peu concluantes.

A coté de cela, l’offre en ligne des sites issus de la presse écrite n’a cessé d’hésiter depuis 15 ans. Vitrine pour la version papier toujours centrale, source de revenus publicitaires, nouvel espace pour vendre des contenus, etc. En fait, l’objectif attribué au Web par la presse écrite française change avec la même fréquence que l’état du marché publicitaire (jusqu’en 2000 ; de 2000 à 2004 ; de 2004 à 2008 ; depuis 2009). La seule constante semble être une certaine indécision face au support internet : est-ce une concurrence contre laquelle résister, un avenir dans lequel plonger, un autre moyen d’exister et de faire vivre l’information, … (ou un peu de tout ça en même temps) ?

Au bout de cette indécision, la presse écrite semble se résoudre à faire alliance avec des pure-players, sous des formes variées. Le Monde avec HuffingtonPost, le NouvelObs avec Rue89. Si ce dernier n’a pas atteint la stabilité financière, il a perduré dans un modèle éditorial et d’affaires, visible des autres acteurs et du public (tout comme le font Mediapart, Owni, etc.). Alors dans ces rapprochements, alliances et acquisitions, ne faut-il pas aussi voir un renoncement ? Celui de la presse écrite à déterminer une bonne fois sa vision du Web, et à élaborer une offre qui lui est propre…?

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